The End
La sueur perlait sur son front. Sa respiration était saccadée. Ses yeux étaient rouges et remplis de larmes. Son corps tremblait. Penchée vers le vide, elle observait la ville qui s'étendait sous l'immeuble. Elle était sur le toit d'un immeuble immense. Il n'y avait aucune barrière pour la retenir. Si elle glissait, elle tombait. Elle mourait.
Elle avait peur ; elle voulait s'en empêcher, mais elle n'y arrivait pas. Elle avait beau se dire que la peur n'était que pour les faibles, ses mains tremblaient toujours. Elle n'arrivait presque plus à respirer.
Ses cheveux volaient au gré du vent. Elle aurait pu être belle si son mascara n'avait pas coulé, laissant une longue traînée noire sur ses joues. De toute façon, personne n'était là pour la voir. Elle n'avait pas beaucoup d'amis. Une famille qui ne se souciait pas d'elle. Personne n'avait remarqué son état. À part peut-être son ex, qui n'avait rien fait pour elle. Au contraire, il l'avait encore plus enfoncée. À présent, elle était seule. Personne ne s'inquiétait pour elle. Tout allait bien pour eux alors que de son côté tout allait mal. La douleur lui prenait aux tripes, lui serrait le cœur. Elle avait presque envie de vomir tellement elle avait mal. Mal au cœur, au sens figuré. Mais personne ne l'avait remarqué.
Elle se plia en deux, la douleur la rongeant de l'intérieur. Elle aurait pu rester dans cette position des heures en plein milieu de la rue et personne ne lui aurait demandé si elle allait bien. Elle ressentit le besoin de se vider, de crier et elle répondit à ce besoin pressant en hurlant de toutes ses forces. Personne ne l'entendrait. Et au pire, si quelqu'un l'entendait, il n'en aurait rien à faire. Même s'il montait pour lui demander ce qui n'allait pas, il n'aurait pas le temps de la voir. Elle serait déjà partie.
Elle hurla encore, jusqu'à s'en briser les cordes vocales, jusqu'à vider tout l'air de ses poumons.
Alors, de quelle façon mourrait-elle ? Par manque d'oxygène ? Ou bien aurait-elle besoin de se pencher un peu plus vers le vide, pour qu'un petit coup de vent l'emporte ? Elle continua à hurler jusqu'à plus d'air. Elle frappa du poing le sol, elle cria, elle pleura. Elle s'allongea par terre et elle pleura sans s'arrêter. Elle ne s'essuya même pas les joues. Quelle importance ? De toute façon, que la police trouve son corps avec ou sans larmes, qu'est-ce que cela changerait ?
Elle se releva après quelques minutes, ou après quelques heures, elle ne savait pas. Elle sortit son téléphone et le jeta par terre avec violence. Elle l'écrasa avec ses talons. Il ne servirait plus à rien. Elle passa sa fureur contre son portable en le torturant du mieux qu'elle pouvait. Personne ne l'appellerait et même si ça serait le cas, la messagerie lui répondrait. Puis elle se rendit enfin compte qu'il pleuvait. Elle avait froid. Ses cheveux, qu'elle avait lissés, étaient trempés.
Elle sortit un miroir et s'observa de la tête aux pieds. Ses yeux faisaient peines à voir. Ses joues étaient toutes noires. Ses cheveux étaient ébouriffés. Pour l'occasion, elle avait tenu à s'habiller comme une vraie femme. Elle avait une robe noire, simple, lui arrivant en dessous des genoux. Elle portait des talons hauts, noirs eux aussi. Une rose noire était coincée dans ses cheveux. Elle était habillée pour son propre enterrement.
Elle fit vivre la même expérience à son miroir qu'à son téléphone. Elle le brisa et mille morceaux s'éparpillèrent par terre. Elle en saisit un et elle se taillada le bras, espérant faire passer la douleur intérieure de cette manière. Elle hurla de douleur et de fureur et balança le morceau de verre derrière son épaule. Comme d'habitude, cela ne fonctionnait plus.
Elle tripota le bracelet qu'elle portait au poignet. Un bracelet noir en cuir avec le signe Peace and Love. Faites l'amour pas la guerre. Elle eut presque envie de ricaner. Pendant quelques secondes, elle voulut l'arracher, mais décida de le garder. Peut-être qu'en voyant ça, sa famille comprendrait qu'ils auraient dû être gentils avec elles ? Mais non, bien sûr que non, ils étaient trop bêtes pour comprendre un petit indice comme ça.
Enfin prête, elle s'approcha lentement du bord. Elle contempla la ville une dernière fois. Elle ne rit pas, elle n'eut pas peur. Elle était juste... vide. Aucun sentiment ne venait plus l'importuner. Elle ferma les yeux, expira lentement et elle se laissa tomber dans le vide. Elle crut sentir quelqu'un la retenir, mais elle en déduit vite qu'elle avait rêvé. Elle ressentit à peine le sol quand elle atterrit à peine deux secondes plus tard, puis tout devint noir. Elle sombra dans les ténèbres, espérant ne plus jamais en ressortir.
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